Samedi 17 décembre 2011
6
17
/12
/Déc
/2011
22:03
Depuis mardi, je me demande ce que je vais écrire ici...
Je me demande si je vais juste publier une page, faire comme si de rien n'était, ou s'il faut malgré tout essayer de dire quelque chose... Mais quoi ? Dire que c'est injuste, dire que c'est
horrible, dire que ça ne pouvait par arriver chez nous. Ou dire que je suis soulagée que mon filleul n'ait pas traîné en route et ait pris son bus, à cet arrêt, quelques minutes plus tôt, et que
mes enfants prennent le train et pas le bus, à Jonfosse et pas au Palais. Ou laisser la parole à quelqu'un d'autre...
Liège, c'est ma ville. Liège c'est une ville comme une autre. Enfin, les liégeois pensent qu'elle
est différente de toutes les autres. Tous les gens qui sont d'une ville pensent qu'elle est différente de toutes les autres. A Liège, cette semaine, il y avait des jeunes qui passaient des
examens, il y avait des vieux qui achetaient des cadeaux de Noël pour des jeunes pendant qu'ils passaient leurs examens, il y avait des jeunes qui, après leurs examens, achetaient des cadeaux
pour des vieux, il y avaient des vendeurs et des vendeuses qui vendaient des cadeaux à des jeunes et des vieux. Il y avait du vent. Et puis, à midi, chaque jour, tout le monde prend le bus place
Saint Lambert pour entrer étudier et cacher les cadeaux.
Mardi, à Liège il y avait un tueur. Un type a tiré dans la foule, il a blessé, massacré, même un
bébé, et puis lui-même sans doute. On a parlé de Liège dans le monde entier comme on l'avait fait de Columbine, de la Norvège, de tous ces endroits où un jour un fou abat des gens qui n'avaient
rien fait d'autre que d'être là.
Liège a son Kim de Gelder, son Anders Breivik, Liège est de son temps. Une ville de son temps ni
différente des autres ni comme les autres.
Que savez-vous de Liège ? Une ville du sud dans ce pays du nord dont on retient plus la chaleur des
habitants que la beauté des banlieues. A Liège, il se dit qu'on fait toujours tout un peu plus fort que les autres, un peu autrement aussi. On l'a dit des grèves, on l'a dit des affaires, on le
dit de la fête. C'est à Liège qu'un ministre d'état se fait assassiner, à Liège qu'on s'offre une gare que New-York trouverait un peu ostentatoire. C'est à Liège qu'on sort les terrasses de
bistrot dès qu'il fait 10 degrés pour se la jouer italienne. C'est à Liège qu'on fête le 14 juillet au lieu du 21 parce que ça nous amuse de nous croire un peu Français. C'est à Liège que le
village de Noël, les petits chalets en bois ou l'on vend des gaufres et des bougies, est plus grand qu'un vrai village. C'est à Liège qu'on fait la fête à toute occasion. Le vernissage d'une
exposition -et je m'y connais- à Bruxelles commence à 18h15 s'il est annoncé à 18 h et, à 19 , après quelques discours en deux langues et deux coupes de champagne, les plus épicuriens cherchent
un restaurant. A Liège, annoncé à 18 h le discours de l'élu local se fera à 20h30 dans un brouhaha général et, vers minuit ou une heure, on se demandera offusqué comment il se fait qu'il n'y a
plus rien à boire. J'exagère à peine. Le liégeois apprend dans « le Carré » a boire de tout en se tapant des grandes claques dans le dos, en embrassant ses potes et nos jolies filles...et bien
avant d'avoir l'âge de conduire !
Et puis une fête un peu diffuse, un peu virtuelle que l'on fait à Liège depuis quelques années c'est
celle d'une ville qui se voit sortir de ses marasmes. Le Standard est deux fois champion. La ville construit un peu partout, elle se propose d'organiser l'exposition internationale de 2017... et
chaque fois qu'elle veut applaudir une bonne nouvelle, le sort ou Lakshmi Mittal lui gâche la fête.
A Liège, il y a deux ans, à cent mètres de la place Saint Lambert, deux immeubles explosaient. Des
morts, des blessés. Des hôpitaux débordés. Des images qui ont aussi fait le tour du monde. C'était juste après les fêtes.
Liège dorénavant aura peur des fêtes.
Pierre Kroll. Le 14 décembre 11
C'est tout Liège ça, mais pourtant, je ne veux pas rester sur cette dernière phrase...
"La peur d'un nom ne fait qu'accroître la peur de la chose elle-même." (JK Rowling)